Artisanat de Kiso : Magemono ou l’art du travail du bois

En traversant le village de Narai-juku, vous apercevrez dans les vitrines des boîtes ‘bento’ fabriqués en bois aux côtés courbés, avec une finition laquée pour un rendu des plus élégants. Cet artisanat de Kiso est connu sous le nom de ‘magemono’, des contenants en bois courbé fabriqués selon des techniques préservées dans la région de Kiso depuis plus de quatre siècles.

Protection des forêts et adaptation économique

Cet art est lié à un moment particulier de l’histoire japonaise. Au début des années 1600, après que le shogunat Tokugawa a consolidé son pouvoir, la construction de châteaux et le développement urbain ont dépouillé les montagnes de Kiso de son bois. Le domaine d’Owari, une branche de la famille Tokugawa qui contrôlait la vallée, observait alors les forêts disparaître à un rythme alarmant.

En 1665, le domaine d’Owari commença à restreindre l’accès à certaines forêts. En 1708, ils interdisaient la coupe de quatre espèces d’arbres spécifiques, ajoutant une cinquième espèce en 1718. Ces cinq espèces ont été protégées par cette loi, devenant ainsi connues sous le nom des « Cinq Bois de Kiso » : hinoki, sawara, asunaro, nezuko et koyamaki. Le châtiment pour coupe non autorisée de ces espèces devint connu sous l’expression « un arbre, une tête ». Cette expression suggérait l’exécution, bien que ce langage dur servît principalement de puissant moyen de dissuasion.

Cette politique a créé un problème économique. Les habitants de Kiso dépendaient depuis longtemps du travail du bois pour leur subsistance. La solution du domaine d’Owari a façonné ce que les visiteurs voient aujourd’hui à Narai-juku : ils ont délivré des permis d’utilisation pour une quantité limitée du bois. Dans ce contexte, les artisanats utilisant de petites quantités de matériaux, comme les contenants en bois courbé, avaient un sens économique. Les artisans pouvaient créer des objets fonctionnels et précieux à partir de planches fines plutôt que de rondins entiers.

Le rôle de Narai-juku dans le commerce

Narai-juku est devenu un centre important pour ce travail du bois. En tant que l’une des villes étapes les plus fréquentées sur la route Nakasendo, elle offrait à la fois un marché prêt à l’emploi et un réseau de distribution. Les voyageurs achetaient des contenants en bois courbé comme souvenirs. Cela a permis de porter la réputation de Kiso pour cet artisanat à travers tout le Japon. L’artisanat s’est développé parallèlement à la tradition laquée de la région. Et de nombreux artisans apprenaient alors à manipuler à la fois le bois et l’urushi.

Bois et technique

La technique elle-même nécessite des propriétés particulières du bois. Les hivers rigoureux de Kiso produisent des arbres qui poussent lentement, créant un grain serré et droit. Pour les magemono, les artisans utilisent traditionnellement le hinoki pour les côtés courbés et le sawara pour les couvercles et les bases. Le hinoki se plie bien lorsqu’il est chauffé et garde sa forme. Le sawara résiste à l’humidité et ne se déforme pas. Ce qui le rend idéal pour les morceaux qui entrent en contact avec la nourriture.

Réaliser une boîte en bois courbé implique plusieurs étapes précises. Les planches fines sont trempées dans de l’eau chaude jusqu’à ce qu’elles soient souples. Puis elles sont pliées autour des formes et fixées pendant qu’elles sèchent. L’écorce de cerisier sauvage coud les bords qui se chevauchent ensemble. Le fond s’insère dans une rainure creusée à l’intérieur. Le processus exige de comprendre comment différents bois se comportent lorsqu’ils sont mouillés, combien de tension ils peuvent supporter, et comment ils se transforment avec l’âge.

La différence de Kiso

Ce qui distingue l’artisanat magemono de Kiso, c’est sa finition. De nombreuses régions produisent du bois courbé, mais les artisans de Kiso ont développé une technique de laque appelée suri-urushi. Plutôt que de former des couches épaisses, elles frottent directement la laque brute dans le grain du bois. La finition pénètre profondément, laissant visible le motif du bois tout en ajoutant une résistance à l’eau et des propriétés antibactériennes. Au fil des années d’utilisation, le suri-urushi s’approfondit de son brun initial à un couleur ambré chaude.

Cette approche diffère des traditions plus célèbres du bois courbé ailleurs au Japon. L’Odate magemono d’Akita, par exemple, utilise souvent du cèdre et laisse parfois le bois non fini. La version de Kiso reflète le double héritage de la région, en menuiserie et en laque.

La survie de l’art par la succession

L’artisanat a connu un fort déclin au milieu du XXe siècle, avec le développement des techniques modernes du plastique et du métal. Les nouveaux matériaux offraient une commodité que les boîtes en bois faites main ne pouvaient égaler. La menuiserie traditionnelle a rencontré le même problème de succession affectant de nombreux métiers au Japon : moins de jeunes choisissaient de passer des années à apprendre des techniques pratiquées par la génération de leurs parents.

Le magemono de Narai-juku subsiste aujourd’hui grâce à des boutiques comme Kozakaya Shikkiten, où l’artisan Takayuki Kojima travaille comme un artisan traditionnel dans les pures traditions du magemono et de la laque. Kojima s’occupe lui-même de chaque étape, du choix du bois à l’application des couches finales de laque. Il fait partie d’une poignée d’artisans qui maîtrisent à la fois le formage du bois courbé et la finition de la laque, des compétences autrefois partagées entre spécialistes.

Fonctionnel avant tout

Les contenants en bois courbé que vous verrez à Narai-juku ont toujours les mêmes fonctions : boîtes à déjeuner, récipients pour le riz, gobelets de saké. L’artisanat n’est pas devenu une pièce de musée. Ces éléments sont utilisés dans les cuisines contemporaines car le design original apporte des solutions des problèmes pratiques qui n’ont pas changé à travers l’histoire. Le bois absorbe l’excès d’humidité du riz, l’empêchant ainsi de devenir détrempé. Les propriétés antibactériennes naturelles de l’hinoki et de l’urushi aident les aliments à rester frais sans réfrigération. La construction légère facilite le transport du déjeuner.

Les visiteurs de Narai-juku peuvent trouver du magemono dans plusieurs boutiques le long de la rue principale. Ici, les pièces finies côtoient d’autres spécialités Kiso : peignes laqués, bols en bois et mobilier distinctif de la région. Les boîtes vont de simples contenants à repas à des ensembles imbriqués conçus pour être empilés pour le rangement. Chacune porte le motif de grain du bois dont elle provient. Ainsi que l’approche du fabricant pour le façonnage et la finition.

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Sylvain
Sylvain
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